<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/" xmlns:admin="http://webns.net/mvcb/" xmlns:rdf="http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns#" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"><channel><link>http://groupe.bag.gayattitude.com/</link><title>Bibliomanes Anonymes Gays</title><description>Bibliomanes Anonymes Gays</description><dc:language>fr</dc:language><dc:rights>Copyright 2007</dc:rights><dc:date>2007-12-08T23:37:22+01:00</dc:date><admin:generatorAgent rdf:resource="http://www.gayattitude.com/" /><admin:errorReportsTo rdf:resource="mailto:webmaster@gayattitude.com"/><sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod><sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency><sy:updateBase>2000-01-01T12:00+00:00</sy:updateBase><item><title>[valerio] Prénoms à pédés</title><link>http://blog.valerio.gayattitude.com/20071114215505/prenoms-a-pedes/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.valerio.gayattitude.com/20071114215505/prenoms-a-pedes/</guid><description>Ya qqes années, j'avais tenté de vérifier s'il y a, comme on dit parfois, des &quot;prénoms à pédés&quot;. Les gens évoquent souvent Michel ou Roger mais cela ne me semblait pas du tout vérifié. En revanche, j'avais été frappé par quelques coïncidences...

Pris d'une insoutenable curiosité, j'avais donc cherché sur Google-Groups les associations d'un prénom avec des mots-clefs qui corroborent l'homosexualité. La chose n'est pas si simple car il faut rapporter le nombre de pages ainsi trouvées à celui du nombre en association avec l'hétérosexualité. Il ne suffit pas de compter les pages contenant le prénom car certains sont en même temps des noms de famille (surnoms de chanteur, par exemple) ou des noms communs, voire les deux (Pascal, par exemple). On peut imaginer aussi qu'un prénom apparaisse en contexte homo sans désigner une personne homo, par exemple si les homos avaient une tendance sévère à fantasmer sur les Damien... En regardant de nombreuses pages, je n'ai pas noté ce genre de phénomène. 

J'ai donc, après avoir éliminé certains de ces effets, en relevant les nombres de pages avec divers mots-clefs, calculé un pourcentage qui indique la &quot;surreprésentation homo&quot; pour un prénom donné par rapport à la moyenne sur tous les prénoms (100% correspond donc à un prénom également réparti entre contexte homo et hétéro, 200% à un prénom 2 fois plus fréquent en contexte homo).

Le résultat est assez curieux:
Damien : 229% - Pascal : 172% - Thierry : 141% - Fabrice : 140% - Laurent : 125% - Philippe : 118% - Emmanuel : 113% - Gérard : 99% - Roland : 98% - Pierre : 92% - Bertrand : 85% - Jacques : 80% - André : 78% - Nicolas : 70% - Alexis : 69% - Antoine : 40%.
Cela correspond-il à votre impression?

Évidemment, ce n'est pas la proportion réelle dans toute la population, mais on peut espérer, étant donné que les comptages ont été rapportés à la proportion hétéro, qu'elle lui est bien corrélée. Et de toute façon, en utilisant uniquement Internet, on ne peut guère faire mieux.

Notez qu'il n'y rien d'irrationnel dans tout cela : les prénoms sont choisis en fonction des modes et de la personnalité des parents, qui ont fatalement un effet sur la sexualité de l'enfant, et sans doute plus encore sur l'expression de celle-ci sur Internet... Certains prénoms correspondent à des tranches d'âge différentes donc ayant moins que d'autres tendance à utiliser Internet; cependant, cet effet doit être sensiblement le même pour les homos et hétéros. 

On peut se dire que les &quot;prénoms à pédés&quot; sont choisis par des parents ayant une certaine mentalité qui a pour effet d'orienter vers une homosexualité effective. Même si l'homosexualité était génétique, son expression dépend notablement du contexte social. Et comme beaucoup de personnes sont sans doute génétiquement bisexuelles, c'est le milieu qui déterminerait l'orientation concrète. On peut imaginer que les prénoms rares, et cela dépend de l'époque, correspondent sans doute à une idée préconçue qu'ont les parents pour leur enfant, mais cela peut aussi aller contre sa tendance naturelle. Un prénom commun, ce serait au contraire un projet standard de perpétuation du nom, donc moins propice à une sexualité stérile... 

Ce serait intéressant aussi de faire des stats sur les dates de naissance; par exemple, ya une proportion anormale de psychotiques nés en mars (ou qqch comme ça). Rien à voir avec l'astrologie; simplement, la température, la nourriture de saison, l'humeur plus joyeuse en été influent sur le développement psychologique de l'enfant.</description><content:encoded><![CDATA[Ya qqes années, j'avais tenté de vérifier s'il y a, comme on dit parfois, des "prénoms à pédés". Les gens évoquent souvent Michel ou Roger mais cela ne me semblait pas du tout vérifié. En revanche, j'avais été frappé par quelques coïncidences...<br />
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Pris d'une insoutenable curiosité, j'avais donc cherché sur Google-Groups les associations d'un prénom avec des mots-clefs qui corroborent l'homosexualité. La chose n'est pas si simple car il faut rapporter le nombre de pages ainsi trouvées à celui du nombre en association avec l'hétérosexualité. Il ne suffit pas de compter les pages contenant le prénom car certains sont en même temps des noms de famille (surnoms de chanteur, par exemple) ou des noms communs, voire les deux (Pascal, par exemple). On peut imaginer aussi qu'un prénom apparaisse en contexte homo sans désigner une personne homo, par exemple si les homos avaient une tendance sévère à fantasmer sur les Damien... En regardant de nombreuses pages, je n'ai pas noté ce genre de phénomène. <br />
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J'ai donc, après avoir éliminé certains de ces effets, en relevant les nombres de pages avec divers mots-clefs, calculé un pourcentage qui indique la "surreprésentation homo" pour un prénom donné par rapport à la moyenne sur tous les prénoms (100% correspond donc à un prénom également réparti entre contexte homo et hétéro, 200% à un prénom 2 fois plus fréquent en contexte homo).<br />
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Le résultat est assez curieux:<br />
Damien : 229%&nbsp;- Pascal : 172%&nbsp;- Thierry : 141%&nbsp;- Fabrice : 140%&nbsp;- Laurent : 125%&nbsp;- Philippe : 118%&nbsp;- Emmanuel : 113%&nbsp;- Gérard : 99%&nbsp;- Roland : 98%&nbsp;- Pierre : 92%&nbsp;- Bertrand : 85%&nbsp;- Jacques : 80%&nbsp;- André : 78%&nbsp;- Nicolas : 70%&nbsp;- Alexis : 69%&nbsp;- Antoine : 40%.<br />
Cela correspond-il à votre impression?<br />
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Évidemment, ce n'est pas la proportion réelle dans toute la population, mais on peut espérer, <i>étant donné que les comptages ont été rapportés à la proportion hétéro</i>, qu'elle lui est bien corrélée. Et de toute façon, en utilisant uniquement Internet, on ne peut guère faire mieux.<br />
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Notez qu'il n'y rien d'irrationnel dans tout cela : les prénoms sont choisis en fonction des modes et de la personnalité des parents, qui ont fatalement un effet sur la sexualité de l'enfant, et sans doute plus encore sur l'expression de celle-ci sur Internet... Certains prénoms correspondent à des tranches d'âge différentes donc ayant moins que d'autres tendance à utiliser Internet; cependant, cet effet doit être sensiblement le même pour les homos et hétéros. <br />
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On peut se dire que les "prénoms à pédés" sont choisis par des parents ayant une certaine mentalité qui a pour effet d'orienter vers une homosexualité effective. Même si l'homosexualité était génétique, son expression dépend notablement du contexte social. Et comme beaucoup de personnes sont sans doute génétiquement bisexuelles, c'est le milieu qui déterminerait l'orientation concrète. On peut imaginer que les prénoms rares, et cela dépend de l'époque, correspondent sans doute à une idée préconçue qu'ont les parents pour leur enfant, mais cela peut aussi aller contre sa tendance naturelle. Un prénom commun, ce serait au contraire un projet standard de perpétuation du nom, donc moins propice à une sexualité stérile... <br />
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Ce serait intéressant aussi de faire des stats sur les dates de naissance; par exemple, ya une proportion anormale de psychotiques nés en mars (ou qqch comme ça). Rien à voir avec l'astrologie; simplement, la température, la nourriture de saison, l'humeur plus joyeuse en été influent sur le développement psychologique de l'enfant.]]></content:encoded><dc:creator>valerio</dc:creator><dc:date>2007-11-14T21:55:05+01:00</dc:date></item><item><title>[valerio] Pour ne pas en finir avec les blogs</title><link>http://blog.valerio.gayattitude.com/20071105180602/pour-ne-pas-en-finir-avec-les-blogs/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.valerio.gayattitude.com/20071105180602/pour-ne-pas-en-finir-avec-les-blogs/</guid><description>Puisque netromain s'associe à certains directeurs de quotidien pour propager la croyance que le Vrai est sur le papier et que les blogs, anarchiques, où n'importe quel ramassis d'incompétents assumés ou d'hystériques non patentés peuvent déblatérer, expriment au mieux des impressions subjectives dérisoires, je vais de ce pas défendre les blogs. Que dis-je, le papier n'a pas le monopole de la génialité transcendante que netromain défend! Afin de ménager la modestie des intéressés, je ne citerai pas de noms.

- xx, érudit obsédé par la taille (des bibliothèques), nous fournit une compilation encyclopédique de tout ce qui se dit dans le monde, rendant d'un coup les journaux obsolètes et les livres inutiles puisque, de toute façon, on retient rarement plus de quelques phrases d'une revue ou d'un livre. Il se dispense de tout commentaire, ce qui nous permet d'imaginer que son intelligence probablement infinie prolonge encore la nôtre dans les analyses forcément intelligentes auxquelles nous sommes parvenus.

- yy au contraire, c dire la richesse extraordinaire des blogs, publie des photos de magnifiques hommes des mers du sud, bien loin des brumes du Marais parisien et de ses tapettes gangrénées par la pollution, l'alcool et les maladies. C'est beau comme un tableau de Raphaël nous peignant le Paradis. S'ensuit alors une dialectique sur l'inaccessible où chacun cherche plus beau, plus jeune, plus riche, et même plus bête, car seule la bêtise, vertu ingratement méprisée mais en fait très recherchée quoique inconsciemment, permet de croire que le bonheur est accessible ainsi et de s'en contenter.

- zz est jeune, beau, et jeune, jusque dans son esprit, et tout porte à croire que son intellect, surtout, le restera. C'est là qu'on voit à quel point les blogs sont irremplaçables: comment le papier pourrait-il permettre à cette multitude infinie de jeunes génies d'attirer chaque jour l'attention sur leurs émois du moment? Chaque billet est un message du cœur: &quot;oh, je me suis coupé, je saigne!!!&quot;, &quot;regarde comme il est beau mon dessin&quot; ou &quot;dites-moi que je suis génial et que vous m'aimez!&quot;. Grâce au blog, chacun peut jouir de la liberté de l'éditorialiste, étaler ses opinions spontanées non polluées par des études ou des demandes de renseignement qui tuent le naturel. Les échanges de monosyllabes montrent combien la communication transcende les moyens usuels: tout est dans le sourire émoticoné, la photo de la chemise subtilement mal ajustée ou du jean artistement troué, l'assemblage momentané et unique des couleurs de la page, ses accessoires multimédia... Si l'on tentait de coucher cette sublimité sur le papier, il n'en resterait rien!

Comment dès lors peut-on encore défendre des antiquités telles que les livres ou les journaux alors que les blogs permettent de magnifier une telle efflorescence de quintessence?</description><content:encoded><![CDATA[Puisque <a href=http://blog.netromain.gayattitude.com/20071104151338/pour-en-finir-avec-les-blogues/#c>netromain</a> s'associe à certains directeurs de quotidien pour propager la croyance que le Vrai est sur le papier et que les blogs, anarchiques, où n'importe quel ramassis d'incompétents assumés ou d'hystériques non patentés peuvent déblatérer, expriment au mieux des impressions subjectives dérisoires, je vais de ce pas défendre les blogs. Que dis-je, le papier n'a pas le monopole de la génialité transcendante que netromain défend! Afin de ménager la modestie des intéressés, je ne citerai pas de noms.<br />
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- xx, érudit obsédé par la taille (des bibliothèques), nous fournit une compilation encyclopédique de tout ce qui se dit dans le monde, rendant d'un coup les journaux obsolètes et les livres inutiles puisque, de toute façon, on retient rarement plus de quelques phrases d'une revue ou d'un livre. Il se dispense de tout commentaire, ce qui nous permet d'imaginer que son intelligence probablement infinie prolonge encore la nôtre dans les analyses forcément intelligentes auxquelles nous sommes parvenus.<br />
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- yy au contraire, c dire la richesse extraordinaire des blogs, publie des photos de magnifiques hommes des mers du sud, bien loin des brumes du Marais parisien et de ses tapettes gangrénées par la pollution, l'alcool et les maladies. C'est beau comme un tableau de Raphaël nous peignant le Paradis. S'ensuit alors une dialectique sur l'inaccessible où chacun cherche plus beau, plus jeune, plus riche, et même plus bête, car seule la bêtise, vertu ingratement méprisée mais en fait très recherchée quoique inconsciemment, permet de croire que le bonheur est accessible ainsi et de s'en contenter.<br />
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- zz est jeune, beau, et jeune, jusque dans son esprit, et tout porte à croire que son intellect, surtout, le restera. C'est là qu'on voit à quel point les blogs sont irremplaçables: comment le papier pourrait-il permettre à cette multitude infinie de jeunes génies d'attirer chaque jour l'attention sur leurs émois du moment? Chaque billet est un message du cœur: "oh, je me suis coupé, je saigne!!!", "regarde comme il est beau mon dessin" ou "dites-moi que je suis génial et que vous m'aimez!". Grâce au blog, chacun peut jouir de la liberté de l'éditorialiste, étaler ses opinions spontanées non polluées par des études ou des demandes de renseignement qui tuent le naturel. Les échanges de monosyllabes montrent combien la communication transcende les moyens usuels: tout est dans le sourire émoticoné, la photo de la chemise subtilement mal ajustée ou du jean artistement troué, l'assemblage momentané et unique des couleurs de la page, ses accessoires multimédia... Si l'on tentait de coucher cette sublimité sur le papier, il n'en resterait rien!<br />
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Comment dès lors peut-on encore défendre des antiquités telles que les livres ou les journaux alors que les blogs permettent de magnifier une telle efflorescence de quintessence?]]></content:encoded><dc:creator>valerio</dc:creator><dc:date>2007-11-05T18:06:02+01:00</dc:date></item><item><title>[BurtRey] Mon bras à couper</title><link>http://blog.burtrey.gayattitude.com/20070416113348/mon-bras-a-couper/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.burtrey.gayattitude.com/20070416113348/mon-bras-a-couper/</guid><description>Il ne pleut plus aujourd'hui. Il y a du vent en revanche. Le ciel est tout dégagé. Nous sommes invités chez nos amis ce soir.
Je n'arrive pas à me remettre à ce bon Dieu de &quot;Sahel aride&quot; et encore moins à cette fichue &quot;Revue d'hydrobiologie exotique&quot; ! Chaque jour, je me promets de m'y mettre et sans blague je passe la journée à écrire sans voir le temps passer. Je ne vois pas comment je vais parvenir à m'en sortir cette fois-ci.

Ce matin, au lieu de rattraper, essayer au moins, tout mon retard, je gribouille bêtement. L'avenir s'annonce sombre. Très. Sur le plan financier, entre autres. Les prochains mois vont être très durs.

Voyons, nous sommes le premier juin aujourd'hui, cela fait tout de même plus de vingt jours, et avec ça, je vais avoir cette &quot;Revue des sciences inhumaines&quot; à revoir, et puis aussi la thèse de L à corriger, plus l'atelier, tous ces textes à taper et le week-end du douze juin, je ne sais pas comment je vais pouvoir m'en sortir, je me dis ce qu'on me dit, que je finis toujours par m'en sortir, ce que les gens qui croient me connaître me répètent, cette image qu'ils ont de moi
— Oh, toi de toute façon, tu finis toujours par t'en sortir !

Ce que c'est fatigant cette image qu'ils vous collent, après on se trouve obligé d'y répondre, bien sûr que j'en suis responsable, que j'ai contribué à leur donner cette image, peut-être parce que je pensais qu'ils l'attendaient de moi…

Je dois aller chez le Révérend Père ce soir, nous avons rendez-vous à dix-neuf heures. Il faudra que je parte un peu plus tôt pour passer à la librairie et acheter un ou deux bons romans. Depuis quelques jours, j'ai ralenti mon rythme de lecture, à mon insu, de peur d'achever Dalva sans avoir de relais sous la main. Si je n'ai rien à lire, en particulier si je n'ai pas un roman entre les mains, je suis malheureux. Je deviens nerveux et irritable, triste et déprimé. Ça m'arrive néanmoins. Je me laisse surprendre quelquefois. Et puis il existe des quantités de situations où il est difficile d'avoir un livre avec soi. Il me faut quand même alors du papier imprimé, une revue, un journal, quelque chose qui ait des pages à tourner, du texte à lire. Je ne suis pas regardant dans ces cas-là. Je prends ce que je trouve. Tout plutôt que d'être en manque. Si je ne lis pas, il y a un écureuil dans ma tête qui se met à tourner dans sa roue. De plus en plus vite. Ça me donne le tournis. 

Dans les salles d'attente, je me jette sur les revues empilées sur une petite table au milieu de la pièce. Le plus souvent de la presse féminine. Ça ne fait rien. Je suppose que je suis assez féminin moi-même. Souvent, j'ai peur d'être interrompu avoir d'avoir achevé la lecture de mon article. Je suis toujours très soulagé d'arriver à la conclusion. Naturellement, c'est une impression qui ne dure pas car aussitôt se pose la question d'attaquer ou non un autre article. Mais aurais-je le temps de le finir ? D'un autre côté, même si je n'en ai pas le temps, cela ne vaut-il pas mieux que de ne pas lire du tout ? Surtout si je me rends compte ensuite que j'aurais largement disposé du temps nécessaire. C'est extrêmement angoissant. Il y a un moment où il faut sauter. Fatalement, on vient toujours m'interrompre. Il y a toujours un fichu article dont je ne peux pas lire la fin. C'est mathématique. Lorsque je suis seul à attendre, l'angoisse peut me pousser à des actes répréhensibles. Il m'est arrivé ainsi de déchirer les feuilles d'une revue pour les glisser subrepticement dans ma poche portefeuille. Je ne fais cela que si je suis certain à quatre-vingt-dix-neuf pour cent de mon impunité et j'emploie un luxe de précautions à cause du un pour cent qui reste. Naturellement, je transpire et j'ai des sueurs froides car je vis des secondes d'angoisse à l'idée d'être pris sur le fait, la main dans le sac. J'éprouve une certaine honte à commettre un acte délictueux et un sombre nuage de culpabilité assombrit mon horizon immédiat. Une fois dehors, je respire enfin librement et j'ai l'impression d'avoir échappé à un grand danger. Je me dis, non sans une certaine fierté, que je m'en sortirais toujours.

Dans la rue, je lis tout ce qui passe à portée de vue. Je lis en marchant, seul, sur le trottoir. Je lis lorsque je suis dans le bus et même j'arrive à lire lorsque je conduis, ce qui m'a déjà posé quelques problèmes mais finalement assez peu, compte tenu de l'attention que cela réclame de faire deux choses à la fois. Enfant, je voulais à tout prix réussir à lacer mes chaussures d'une main tandis que je boutonnais ma chemise de l'autre. Ça n'a jamais marché. Je ne sais pas pourquoi je tenais tant à gagner du temps comme ça. Probablement parce que je vivais dans la crainte d'être en retard. 

Je lis les textes des affiches publicitaires, les informations municipales des panneaux de la ville, les graffitis sur les murs. Si je suis à pied, je me baisse pour ramasser les prospectus chiffonnés. Je les déplie pour les lire. J'ai lu et relu tout ce qui pouvait l'être à l'extérieur et à l'intérieur des bus que j'emprunte. Les tickets des différents tarifs, recto verso, neufs ou oblitérés, les avertissements aux passagers de l'entrée, de la sortie et ceux du milieu du bus, les menaces, les promesses, les avis, les légendes des plans. Aux arrêts, je ne manque pas de lire scrupuleusement les horaires. Si vraiment il ne me reste plus rien à lire dans un bus, je finis toujours par repérer quelqu'un en train de se livrer à cette saine occupation. Il ne me reste plus qu'à m'approcher suffisamment, de préférence par derrière. Je m'arrange pour lire par-dessus l'épaule de ma victime. Si seule une approche frontale est possible compte tenu de l'affluence ou de la topographie, je peux toujours lire à l'envers. Je suis entraîné. Si pour une raison ou pour une autre, la personne descend avant que je n'ai eu le temps de lire au moins le titre, le nom de l'auteur et éventuellement celui de l'éditeur, en plus de quelques phrases du bouquin, alors, là, vraiment, je suis malheureux. Évidemment, j'éprouve davantage de plaisir lorsque je me m'aperçois que le lecteur inconnu a de bonnes lectures. Un bon et authentique roman non frelaté. Mais je crois qu'il faut beaucoup pardonner. En fait, il m'arrive même de lire des romans-photos par-dessus certaines épaules. Pourquoi pas ?

Je termine en ce moment la lecture de Dalva de Jim Harrison. Voilà un écrivain.

Depuis quelques temps, je respire de plus en plus mal, cela n'a rien à voir a priori mais c'est un fait. En soi, cette constatation n'a rien d'étonnant, nonobstant les deux à trois paquets de cigarettes que je fume chaque jour depuis à peu près vingt ans (si ce n'est quelques rares et courtes interruptions). Quand cela m'arrive, j'ai l'horrible impression d'étouffer, ce qui a toujours été ma hantise. Ça et être égorgé, plus quelques autres phobies comme tout un chacun. Il y a quelques semaines, j'ai éprouvé cette sensation alors que je faisais des recherches dans un volume de mon Grand Robert de la langue française. Il s'agit de mon avant-dernière acquisition en matière de dictionnaire. La toute dernière a donné lieu à quelques scènes pénibles avec ma femme et elle m'a avoué récemment qu'elle ne me l'avait pas encore pardonné. Sans doute ne me la pardonnera-t-elle jamais au fond de son cœur. Il s'agissait du fameux reprint de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert ! Cette occasion absolument unique, le dernier exemplaire disponible, cinq tomes in folio, comment résister ? Naturellement, je l'ai achetée. J'aurais pu regretter jusqu'à la fin de ma vie de ne l'avoir pas fait et je trouve que je regrette déjà assez de choses comme cela.

Mon Grand Robert est tout neuf. Une excellente affaire, entre nous mais j'ai promis de ne pas dévoiler la combine et il y a déjà au moins une demi-douzaine de personnes à qui je l'ai confiée. Quand j'ai eu cette crise d'étouffement, il se trouve que je me suis penché, le nez dans mon Robert. Instinctivement, j'ai mis le nez à la pliure. J'ai respiré cette odeur qui est à la fois commune à tous les livres tout en étant propre à chacun. Comme chez les êtres humains, en fait. C'est une odeur puissamment évocatrice et je me suis trouvé emporté aussitôt dans un tourbillon d'images assez floues et de sensations diffuses qui me venaient de l'enfance. Ma crise d'étouffement avait cessé sans que je m'en rende compte et je n'y ai plus pensé. Sur le coup, je n'avais établi aucun lien ni rapprochement. Les grandes découvertes sont la plupart du temps l'effet du hasard, la sérendipité, il faut dire. Cependant, lors de la crise suivante, cela m'est revenu. À vrai dire, je n'y ai pas pensé en espérant obtenir un résultat. Mais comme je ne savais plus à quel saint me vouer, j'ai néanmoins ouvert un tome du dic-tionnaire (j'avais pris le même volume du Grand Robert, le neuvième Suc-Z, car tout en me moquant de moi-même, je me disais que j'aurais plus de chance en ne modifiant aucun paramètre) et j'ai respiré son odeur. L'effet a été aussi immédiat que radical. La crise a cessé. Depuis, aussitôt que je sens approcher une crise, je plonge le nez dans un livre. J'ai remarqué que certains sont plus efficaces que d'autres. Je pourrais expliquer à ma femme que je fais des inhalations de dictionnaire et d'encyclopédie (les plus efficaces) et que, outre leur intérêt didactique et culturel, ils remplacent avantageusement des soins médicaux, mais je doute qu'elle prenne très au sérieux mes explications. Je pense même que cela risquerait de mal tourner. Je m'abstiens donc de faire part de ma découverte.

De l'encre, du papier et de la colle. Du fil dans les exemplaires cousus. Du cuir pour les éditions de luxe. Du carton autrement. J'ai appris à reconnaître certains, les yeux fermés. Il m'arrive parfois, le soir, lorsque je suis seul et que tout le monde est couché, d'ouvrir un volume, de poser mon visage sur la belle page et de passer la main sur la fausse page. Je ferme les yeux et je sens sous la pulpe de mes doigts la légère foulure de l'impression typographique quand il s'agit d'un exemplaire encore imprimé typo. Après, cela va mieux. Je ne peux pas m'endormir, quels que soient l'heure et mon état de fatigue, si je n'ai pas lu au préalable. Je continue jusqu'au moment où mes yeux se ferment d'eux-mêmes, en pleine lecture, fauché comme dans les blés.

Je ne sais pas comment cela se fait mais, lorsque je suis en ville, mes pas me guident toujours pour finir devant la vitrine d'un libraire ou d'un bouquiniste. Je peux le dire, ça se passe malgré moi comme tant d'autres choses dans ma vie. Il m'est difficile, une fois que je suis arrivé devant ces endroits, de ne pas y entrer et c'est ce que je fais le plus naturellement du monde. Les phénomènes s'enclenchent ainsi les uns les autres en une succession inévitable. Le destin, le fatum. Une fois à l'intérieur comment résister à l'envie irrépressible d'acquérir un livre ou deux ? Lorsque je ressors, je les ai sous le bras. Je pourrais les voler mais je n'ai jamais volé qu'une seule fois dans ma vie et je ne suis pas prêt de l'oublier. Bien sûr que je me suis fait prendre, pour ça, ça n'a pas traîné ! Je n'ai jamais recommencé. Ce n'est pas l'envie qui m'en manque, c'est le courage.

Aussi loin que je remonte, cela a toujours été ainsi, j'ai vécu avec des livres et je crois que je ne pourrais pas vivre autrement. Sinon, j'aurais de l'asthme, c'est certain. J'ai dû renoncer à beaucoup de choses au cours de toutes ces dernières années, un mouvement qui montre d'ailleurs une certaine tendance à s'accélérer depuis quelques temps. Un mouvement exponentiel qui est en train de s'emballer ni plus ni moins. J'ai renoncé je crois à la plupart des choses auquelles il est possible de renoncer raisonnablement. Mais je ne me vois pas renoncer à la lecture et à mes livres. Ça non.

Il est bien évident que la lecture et l'écriture ne sont pas des parentes éloignées. Il est rare que les gens qui aiment pratiquer la première de ces activités n'aient pas été tentés à un moment ou à un autre de leur existence par la seconde. Il y en a même qui ont franchi le pas et s'y sont frottés. Mon ami J, le journaliste, me racontait qu'il avait consacré un article à ces auteurs qui publient à leur compte. Il a rencontré ainsi quelques phénomènes. La plupart y ont perdu beaucoup d'argent. D'autres y avait perdu leur femme qui avait fini par se lasser et partir mais pratiquement tous jugeaient que leur vie en avait été transformée. Il s'agissait d'une révélation. Le plus souvent leur œuvre tenait à une expérience vécue, notamment la guerre d'Algérie et le drame des rapatriés dont beaucoup se sont installés dans la région. Ces auteurs acquièrent ainsi une certaine célébrité locale et se voient invités à participer à des tables rondes organisées par des associations loi de 1901.

L'un d'entre eux étaient obsédé par les fautes et les coquilles dont était encombré son ouvrage. Il pensait les avoir toutes répertoriées et il en avait compté cent cinquante-trois. Chaque fois qu'il lui arrivait une commande par le courrier (en vente chez l'auteur, bâtiment 13, entrée 2...) il ne manquait pas de les corriger à la main. Heureusement, il ne recevait pas de commande chaque jour. Cela l'obsédait et l'empêchait de dormir. Il voulait corriger tout le stock qui encombrait sa cave. Cet article avait quelque chose de touchant mais de pathétique. En tous les cas, la lecture n'a pas provoqué chez moi l'envie d'écrire. Absolument pas. C'est tout le contraire. À vrai dire, c'est l'envie d'écrire qui est apparue la première et c'est pour me reposer et éventuellement me débarrasser à tout jamais de cette sale manie que je me suis mis à lire.

J'ai acheté hier, deux Harrisson, un Ellroy et un Hansen. J'ai fini Dalva. Formidable. J'ai commencé Faux-Soleil. Je donnerais un bras pour écrire comme Harrisson. Un bras ne serait pas trop. Le droit. Je suis gaucher. </description><content:encoded><![CDATA[Il ne pleut plus aujourd’hui. Il y a du vent en revanche. Le ciel est tout dégagé. Nous sommes invités chez nos amis ce soir.<br />
Je n’arrive pas à me remettre à ce bon Dieu de "Sahel aride" et encore moins à cette fichue "Revue d’hydrobiologie exotique" ! Chaque jour, je me promets de m’y mettre et sans blague je passe la journée à écrire sans voir le temps passer. Je ne vois pas comment je vais parvenir à m’en sortir cette fois-ci.<br />
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Ce matin, au lieu de rattraper, essayer au moins, tout mon retard, je gribouille bêtement. L’avenir s’annonce sombre. Très. Sur le plan financier, entre autres. Les prochains mois vont être très durs.<br />
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Voyons, nous sommes le premier juin aujourd’hui, cela fait tout de même plus de vingt jours, et avec ça, je vais avoir cette "Revue des sciences inhumaines" à revoir, et puis aussi la thèse de L à corriger, plus l’atelier, tous ces textes à taper et le week-end du douze juin, je ne sais pas comment je vais pouvoir m’en sortir, je me dis ce qu’on me dit, que je finis toujours par m’en sortir, ce que les gens qui croient me connaître me répètent, cette image qu’ils ont de moi<br />
— Oh, toi de toute façon, tu finis toujours par t’en sortir !<br />
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Ce que c’est fatigant cette image qu’ils vous collent, après on se trouve obligé d’y répondre, bien sûr que j’en suis responsable, que j’ai contribué à leur donner cette image, peut-être parce que je pensais qu’ils l'attendaient de moi…<br />
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Je dois aller chez le Révérend Père ce soir, nous avons rendez-vous à dix-neuf heures. Il faudra que je parte un peu plus tôt pour passer à la librairie et acheter un ou deux bons romans. Depuis quelques jours, j’ai ralenti mon rythme de lecture, à mon insu, de peur d’achever Dalva sans avoir de relais sous la main. Si je n’ai rien à lire, en particulier si je n’ai pas un roman entre les mains, je suis malheureux. Je deviens nerveux et irritable, triste et déprimé. Ça m’arrive néanmoins. Je me laisse surprendre quelquefois. Et puis il existe des quantités de situations où il est difficile d’avoir un livre avec soi. Il me faut quand même alors du papier imprimé, une revue, un journal, quelque chose qui ait des pages à tourner, du texte à lire. Je ne suis pas regardant dans ces cas-là. Je prends ce que je trouve. Tout plutôt que d’être en manque. Si je ne lis pas, il y a un écureuil dans ma tête qui se met à tourner dans sa roue. De plus en plus vite. Ça me donne le tournis. <br />
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Dans les salles d’attente, je me jette sur les revues empilées sur une petite table au milieu de la pièce. Le plus souvent de la presse féminine. Ça ne fait rien. Je suppose que je suis assez féminin moi-même. Souvent, j’ai peur d’être interrompu avoir d’avoir achevé la lecture de mon article. Je suis toujours très soulagé d’arriver à la conclusion. Naturellement, c’est une impression qui ne dure pas car aussitôt se pose la question d’attaquer ou non un autre article. Mais aurais-je le temps de le finir ? D’un autre côté, même si je n’en ai pas le temps, cela ne vaut-il pas mieux que de ne pas lire du tout ? Surtout si je me rends compte ensuite que j’aurais largement disposé du temps nécessaire. C’est extrêmement angoissant. Il y a un moment où il faut sauter. Fatalement, on vient toujours m’interrompre. Il y a toujours un fichu article dont je ne peux pas lire la fin. C’est mathématique. Lorsque je suis seul à attendre, l’angoisse peut me pousser à des actes répréhensibles. Il m’est arrivé ainsi de déchirer les feuilles d’une revue pour les glisser subrepticement dans ma poche portefeuille. Je ne fais cela que si je suis certain à quatre-vingt-dix-neuf pour cent de mon impunité et j’emploie un luxe de précautions à cause du un pour cent qui reste. Naturellement, je transpire et j’ai des sueurs froides car je vis des secondes d’angoisse à l’idée d’être pris sur le fait, la main dans le sac. J’éprouve une certaine honte à commettre un acte délictueux et un sombre nuage de culpabilité assombrit mon horizon immédiat. Une fois dehors, je respire enfin librement et j’ai l’impression d’avoir échappé à un grand danger. Je me dis, non sans une certaine fierté, que je m’en sortirais toujours.<br />
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Dans la rue, je lis tout ce qui passe à portée de vue. Je lis en marchant, seul, sur le trottoir. Je lis lorsque je suis dans le bus et même j’arrive à lire lorsque je conduis, ce qui m’a déjà posé quelques problèmes mais finalement assez peu, compte tenu de l’attention que cela réclame de faire deux choses à la fois. Enfant, je voulais à tout prix réussir à lacer mes chaussures d’une main tandis que je boutonnais ma chemise de l’autre. Ça n’a jamais marché. Je ne sais pas pourquoi je tenais tant à gagner du temps comme ça. Probablement parce que je vivais dans la crainte d’être en retard. <br />
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Je lis les textes des affiches publicitaires, les informations municipales des panneaux de la ville, les graffitis sur les murs. Si je suis à pied, je me baisse pour ramasser les prospectus chiffonnés. Je les déplie pour les lire. J’ai lu et relu tout ce qui pouvait l’être à l’extérieur et à l’intérieur des bus que j’emprunte. Les tickets des différents tarifs, recto verso, neufs ou oblitérés, les avertissements aux passagers de l’entrée, de la sortie et ceux du milieu du bus, les menaces, les promesses, les avis, les légendes des plans. Aux arrêts, je ne manque pas de lire scrupuleusement les horaires. Si vraiment il ne me reste plus rien à lire dans un bus, je finis toujours par repérer quelqu’un en train de se livrer à cette saine occupation. Il ne me reste plus qu’à m’approcher suffisamment, de préférence par derrière. Je m’arrange pour lire par-dessus l’épaule de ma victime. Si seule une approche frontale est possible compte tenu de l’affluence ou de la topographie, je peux toujours lire à l’envers. Je suis entraîné. Si pour une raison ou pour une autre, la personne descend avant que je n’ai eu le temps de lire au moins le titre, le nom de l’auteur et éventuellement celui de l’éditeur, en plus de quelques phrases du bouquin, alors, là, vraiment, je suis malheureux. Évidemment, j’éprouve davantage de plaisir lorsque je me m’aperçois que le lecteur inconnu a de bonnes lectures. Un bon et authentique roman non frelaté. Mais je crois qu’il faut beaucoup pardonner. En fait, il m’arrive même de lire des romans-photos par-dessus certaines épaules. Pourquoi pas ?<br />
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Je termine en ce moment la lecture de Dalva de Jim Harrison. Voilà un écrivain.<br />
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Depuis quelques temps, je respire de plus en plus mal, cela n’a rien à voir a priori mais c’est un fait. En soi, cette constatation n’a rien d’étonnant, nonobstant les deux à trois paquets de cigarettes que je fume chaque jour depuis à peu près vingt ans (si ce n’est quelques rares et courtes interruptions). Quand cela m’arrive, j’ai l’horrible impression d’étouffer, ce qui a toujours été ma hantise. Ça et être égorgé, plus quelques autres phobies comme tout un chacun. Il y a quelques semaines, j’ai éprouvé cette sensation alors que je faisais des recherches dans un volume de mon Grand Robert de la langue française. Il s’agit de mon avant-dernière acquisition en matière de dictionnaire. La toute dernière a donné lieu à quelques scènes pénibles avec ma femme et elle m’a avoué récemment qu’elle ne me l’avait pas encore pardonné. Sans doute ne me la pardonnera-t-elle jamais au fond de son cœur. Il s’agissait du fameux reprint de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert ! Cette occasion absolument unique, le dernier exemplaire disponible, cinq tomes in folio, comment résister ? Naturellement, je l’ai achetée. J’aurais pu regretter jusqu’à la fin de ma vie de ne l’avoir pas fait et je trouve que je regrette déjà assez de choses comme cela.<br />
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Mon Grand Robert est tout neuf. Une excellente affaire, entre nous mais j’ai promis de ne pas dévoiler la combine et il y a déjà au moins une demi-douzaine de personnes à qui je l’ai confiée. Quand j’ai eu cette crise d’étouffement, il se trouve que je me suis penché, le nez dans mon Robert. Instinctivement, j’ai mis le nez à la pliure. J’ai respiré cette odeur qui est à la fois commune à tous les livres tout en étant propre à chacun. Comme chez les êtres humains, en fait. C’est une odeur puissamment évocatrice et je me suis trouvé emporté aussitôt dans un tourbillon d’images assez floues et de sensations diffuses qui me venaient de l’enfance. Ma crise d’étouffement avait cessé sans que je m’en rende compte et je n’y ai plus pensé. Sur le coup, je n’avais établi aucun lien ni rapprochement. Les grandes découvertes sont la plupart du temps l’effet du hasard, la sérendipité, il faut dire. Cependant, lors de la crise suivante, cela m’est revenu. À vrai dire, je n’y ai pas pensé en espérant obtenir un résultat. Mais comme je ne savais plus à quel saint me vouer, j’ai néanmoins ouvert un tome du dic-tionnaire (j’avais pris le même volume du Grand Robert, le neuvième Suc-Z, car tout en me moquant de moi-même, je me disais que j’aurais plus de chance en ne modifiant aucun paramètre) et j’ai respiré son odeur. L’effet a été aussi immédiat que radical. La crise a cessé. Depuis, aussitôt que je sens approcher une crise, je plonge le nez dans un livre. J’ai remarqué que certains sont plus efficaces que d’autres. Je pourrais expliquer à ma femme que je fais des inhalations de dictionnaire et d’encyclopédie (les plus efficaces) et que, outre leur intérêt didactique et culturel, ils remplacent avantageusement des soins médicaux, mais je doute qu’elle prenne très au sérieux mes explications. Je pense même que cela risquerait de mal tourner. Je m’abstiens donc de faire part de ma découverte.<br />
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De l’encre, du papier et de la colle. Du fil dans les exemplaires cousus. Du cuir pour les éditions de luxe. Du carton autrement. J’ai appris à reconnaître certains, les yeux fermés. Il m’arrive parfois, le soir, lorsque je suis seul et que tout le monde est couché, d’ouvrir un volume, de poser mon visage sur la belle page et de passer la main sur la fausse page. Je ferme les yeux et je sens sous la pulpe de mes doigts la légère foulure de l’impression typographique quand il s’agit d’un exemplaire encore imprimé typo. Après, cela va mieux. Je ne peux pas m’endormir, quels que soient l’heure et mon état de fatigue, si je n’ai pas lu au préalable. Je continue jusqu’au moment où mes yeux se ferment d’eux-mêmes, en pleine lecture, fauché comme dans les blés.<br />
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Je ne sais pas comment cela se fait mais, lorsque je suis en ville, mes pas me guident toujours pour finir devant la vitrine d’un libraire ou d’un bouquiniste. Je peux le dire, ça se passe malgré moi comme tant d’autres choses dans ma vie. Il m’est difficile, une fois que je suis arrivé devant ces endroits, de ne pas y entrer et c’est ce que je fais le plus naturellement du monde. Les phénomènes s’enclenchent ainsi les uns les autres en une succession inévitable. Le destin, le fatum. Une fois à l’intérieur comment résister à l’envie irrépressible d’acquérir un livre ou deux ? Lorsque je ressors, je les ai sous le bras. Je pourrais les voler mais je n’ai jamais volé qu’une seule fois dans ma vie et je ne suis pas prêt de l’oublier. Bien sûr que je me suis fait prendre, pour ça, ça n’a pas traîné ! Je n’ai jamais recommencé. Ce n’est pas l’envie qui m’en manque, c’est le courage.<br />
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Aussi loin que je remonte, cela a toujours été ainsi, j’ai vécu avec des livres et je crois que je ne pourrais pas vivre autrement. Sinon, j’aurais de l’asthme, c’est certain. J’ai dû renoncer à beaucoup de choses au cours de toutes ces dernières années, un mouvement qui montre d’ailleurs une certaine tendance à s’accélérer depuis quelques temps. Un mouvement exponentiel qui est en train de s’emballer ni plus ni moins. J’ai renoncé je crois à la plupart des choses auquelles il est possible de renoncer raisonnablement. Mais je ne me vois pas renoncer à la lecture et à mes livres. Ça non.<br />
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Il est bien évident que la lecture et l’écriture ne sont pas des parentes éloignées. Il est rare que les gens qui aiment pratiquer la première de ces activités n’aient pas été tentés à un moment ou à un autre de leur existence par la seconde. Il y en a même qui ont franchi le pas et s’y sont frottés. Mon ami J, le journaliste, me racontait qu’il avait consacré un article à ces auteurs qui publient à leur compte. Il a rencontré ainsi quelques phénomènes. La plupart y ont perdu beaucoup d’argent. D’autres y avait perdu leur femme qui avait fini par se lasser et partir mais pratiquement tous jugeaient que leur vie en avait été transformée. Il s’agissait d’une révélation. Le plus souvent leur œuvre tenait à une expérience vécue, notamment la guerre d’Algérie et le drame des rapatriés dont beaucoup se sont installés dans la région. Ces auteurs acquièrent ainsi une certaine célébrité locale et se voient invités à participer à des tables rondes organisées par des associations loi de 1901.<br />
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L’un d’entre eux étaient obsédé par les fautes et les coquilles dont était encombré son ouvrage. Il pensait les avoir toutes répertoriées et il en avait compté cent cinquante-trois. Chaque fois qu’il lui arrivait une commande par le courrier (en vente chez l’auteur, bâtiment 13, entrée 2...) il ne manquait pas de les corriger à la main. Heureusement, il ne recevait pas de commande chaque jour. Cela l’obsédait et l’empêchait de dormir. Il voulait corriger tout le stock qui encombrait sa cave. Cet article avait quelque chose de touchant mais de pathétique. En tous les cas, la lecture n’a pas provoqué chez moi l’envie d’écrire. Absolument pas. C’est tout le contraire. À vrai dire, c’est l’envie d’écrire qui est apparue la première et c’est pour me reposer et éventuellement me débarrasser à tout jamais de cette sale manie que je me suis mis à lire.<br />
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J’ai acheté hier, deux Harrisson, un Ellroy et un Hansen. J’ai fini Dalva. Formidable. J’ai commencé Faux-Soleil. Je donnerais un bras pour écrire comme Harrisson. Un bras ne serait pas trop. Le droit. Je suis gaucher. ]]></content:encoded><dc:creator>BurtRey</dc:creator><dc:date>2007-04-16T11:33:48+01:00</dc:date></item><item><title>[foehn] 2007/03/24 13:44:55</title><link>http://blog.foehn.gayattitude.com/20070324134455/</link><guid isPermaLink="true">http://blog.foehn.gayattitude.com/20070324134455/</guid><description>Je livre ça à votre réflexion. &quot;Monsieur sait sûrement mieux que moi que coucher avec une fille, ce n'est que lui faire ce qui lui plaît: de là à lui faire ce que nous voulons, il y a bien loin&quot;. (Les liaisons dangereuse)
 Comme je ne couche pas avec des filles, serait-ce que pour moi, coucher avec un garçon c'est lui faire ce que je veux, loin bien sûr de ce qui lui plairait? Et vous, que faites-vous?</description><content:encoded><![CDATA[Je livre ça à votre réflexion. "Monsieur sait sûrement mieux que moi que coucher avec une fille, ce n'est que lui faire ce qui lui plaît: de là à lui faire ce que nous voulons, il y a bien loin". (Les liaisons dangereuse)<br />
 Comme je ne couche pas avec des filles, serait-ce que pour moi, coucher avec un garçon c'est lui faire ce que je veux, loin bien sûr de ce qui lui plairait? Et vous, que faites-vous?]]></content:encoded><dc:creator>foehn</dc:creator><dc:date>2007-03-24T13:44:55+01:00</dc:date></item></channel></rss>